Louis de Mieulle

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STARS, PLANTS & BUGS – ENTRETIEN AVEC LOUIS DE MIEULLE

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Après un premier album solo en 2011, Louis de Mieulle revient aujourd’hui avec Stars, Plants & Bugs, un concept album qui puise son inspiration tant dans le jazz électrique et la musique néo-classique que le broken beat ou la musique indienne. Accompagné de Matt Garstka à la batterie, Casimir Liberski aux claviers, Sarpay Özçagatay à la flute et Tareq Rantisi aux percussions, Louis de Mieulle manipule textures sonores, couleurs harmoniques et contrepoint mélodique pour déployer une fable sylvestro-cosmique pleine de poésie, bande originale surréaliste d’un film imaginaire.

D’où t’est venue l’idée de réaliser un concept album ?

Louis de Mieulle : J’ai toujours aimé la musique « à programme », les grandes œuvres à épisodes multiples, avec du drama, de l’épique. La musique instrumentale m’évoque des images, des scènes de films, elle est pour moi infiniment plus évocatrice que la musique chantée. Les poèmes symphoniques de Charles Koechlin, par exemple (compositeur français de la première moitié du vingtième siècle, ndlr), me transportent dans des mondes parallèles. J’adore aussi quand des idées musicales sont reprises et variées d’un morceau à l’autre – c’est mon côté fétichiste ! Ca doit venir de mon amour du classique, où certains compositeurs touchent parfois l’ésotérisme, le mystique, en jouant avec les nombres, les transformations, les rappels… Je crois au pouvoir « magique » de la musique. Je crois que la Beauté des sons, inexplicable, a quelque chose de surnaturel. Plus que tout autre Art, la musique a un effet sur nous, comme une nourriture de l’âme.

J’ai aussi grandi avec des groupes des seventies comme Magma, Yes, Genesis, Emerson Lake and Palmer, puis Chick Corea, lequel a sorti de superbes concept albums oubliés (« The Mad Hatter », « The Leprechaun »). Ces groupes avaient de l’ambition et moins de barrières que les groupes d’aujourd’hui. C’était une époque où les musiciens connus prenaient des risques, mélangeaient les influences, et les majors suivaient – tant que le public suivait lui aussi, bien sûr.

Les catégories, les styles arrangent les historiens, les critiques, les maisons de disques, les marchands de musique… Ils n’ont pas été inventés par les artistes.

Stars, Plants and Bugs fait s’entrecroiser des influences très diverses : rock progressif, jazz fusion, classique indien, musique de jeux vidéos,…

Louis de Mieulle : J’aime quand les morceaux d’un album ont chacun leur caractère propre, comme des personnages. J’avais déjà ce souhait sur mon premier album, mais là j’ai poussé le bouchon très loin : l’indie pop néo-classique de Doff a peu à voir avec la méditation indienne de Taurus Asleep ou le jazz-funk de Malt ! Cette variété de styles est aussi due à mes expériences à New York, où toutes les musiques du monde se côtoient. J’aurais même pu inclure un morceau afro, une chanson de soul ou un quatuor à cordes –  mais je garde ça pour le prochain !

Depuis que j’ai commencé la musique étant enfant, j’ai toujours voulu briser cette barrière entre musique de divertissement ou populaire et musique savante. En musique, le populisme est aussi détestable que l’élitisme, je pense qu’on peut être ambitieux et rester accessible à tous.

Une pluralité qui trouve écho auprès des musiciens dont tu t’es entouré pour l’enregistrement de l’album…

Louis de Mieulle : J’avais déjà fait appel à Matt Garstka et Casimir Liberski sur mon premier album (« Defense Mechanisms », 2011). Matt est une étoile montante de la batterie progressive US. Son groupe, Animals As Leaders, a beaucoup de succès auprès des musiciens fans de métal technique. Il est aussi très polyvalent, à l’aise dans tous les styles. Casimir est un grand espoir du piano jazz. Il a une folie créatrice bien à lui, une manière de ressentir la musique qui le place à part, une technique virtuose contrebalancée par une approche très instinctive. Tareq Rantisi vient de Palestine. Il est le percussionniste idéal : il rajoute juste ce dont les compositions ont besoin. Quant à Sarpay Özçagatay, c’est un flûtiste turc, nous sommes amis depuis nos études à Berklee. Il manipule sont instrument avec une facilité déconcertante – il peut tout jouer ! Comme moi, il vient de la musique classique, mais ne peut se passer d’improviser. Il apporte une touche aérienne essentielle à Stars, Plants and Bugs, sa flûte y joue parfois le rôle d’une chanteuse…

D’une manière générale sur l’album, la flûte est plutôt associée aux astres, les claviers (orgues, Moog) aux insectes, et le piano acoustique aux plantes. La basse et la batterie servent plus ou moins de supports à l’ensemble. Mais tout ceci n’est bien sûr pas figé : par exemple, sur Nanobot, 4 flûtes s’entrelacent telles des araignées tissant leur toile ; sur Insect Party, la basse représente un mille-pattes boiteux ; sur Gemini part 2, deux pistes de batterie jouent le rôle des Gémeaux.

Stars, Plants and Bugs s’articule comme un conte dont chaque morceau serait un chapitre. Comment narration et composition se sont-elles entremêlées dans l’élaboration de ton album ?

Louis de Mieulle : La musique est venue en premier. On pourrait penser l’inverse : que le musicien trouve toujours son « inspiration » dans un élément extra-musical. Mais non, ça marche aussi dans l’autre sens. C’est un jeu de construction : chaque morceau est une pièce du puzzle et devient une scène, un tableau.

Une fois trouvé l’ordre des morceaux, suivant des critères purement musicaux d’enchaînement, d’équilibre, de flow, j’ai cherché l’idée directrice, unificatrice. Ca m’a pris des mois. Pendant longtemps, je suis resté bloqué sur des concepts assez sérieux (l’Ennéagramme, l’Ouroboros, l’abandon émotionnel, l’Instinct…) sans être complètement convaincu. Et puis, comme certains morceaux avaient déjà un titre en rapport avec la Nature, je suis allé dans ce sens. C’est là que ce titre, Stars, Plants & Bugs, m’a « sauté au cerveau » ! Cette légèreté suggérée, le côté « jeu vidéo pour enfants », m’ont libéré du sérieux dans lequel je stagnais. Et puis cette dérision compense la mélancolie dominante de la musique. Une fois le titre et le ton trouvés, je me suis amusé à écrire le récit, avec l’espoir que celui-ci aiderait l’auditeur à ressentir cette musique, à la « voir ».

Il est question d’astres et de mille-pattes, de bois pétrifié et d’alcool de lichen bon marché…

Louis de Mieulle : Stars, Plants and Bugs est en réalité une histoire de Vie, de Mort et de Renaissance déguisée en conte surréaliste un peu loufoque. Il est truffé de métaphores, de symboles. La Nature y joue un rôle majeur : les étoiles et les végétaux sont les plus « forts », les plus majestueux. Les insectes peuvent être assimilés aux humains, mais sans aucune connotation péjorative – les insectes sont des êtres hautement respectables !

Plus je vieillis, plus je suis fasciné par la Nature – par tout ce qui n’a pas été créé par l’Homme. La pure contemplation d’un ciel étoilé, des sons de la forêt grouillante, des végétaux qui cohabitent tous ensemble, des bestioles qui vivent leur petite vie, simplement…

L’idée de Renaissance et plus globalement de l’aspect cyclique de la Vie occupent une place centrale dans cet album. Ma musique a d’ailleurs toujours été assez répétitive, tout en contenant des transformations. Il y va de la musique comme de la vie : il y a de la répétition, mais ça n’est jamais vraiment la même chose.

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Stars, Plants and Bugs, Dalang! Records, sortie le 9 septembre 2015.

Artwork by Tom Schamp.

 

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